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Brevets et robotique : pourquoi il faut regarder la Chine autrement

10 octobre 2026 · 9 min de lecture · Par Nicolas Staub

Quand on parle de sourcing en Chine, on pense encore souvent à une usine capable de fabriquer moins cher. Cette image ne suffit plus. La Chine est aussi un terrain d'innovation où se développent des robots humanoïdes, des lunettes de réalité augmentée et des prothèses bioniques. Les statistiques de brevets permettent de mesurer une partie de cette transformation. À condition de comparer les bons chiffres, sans confondre quantité de dépôts et qualité des inventions.

Robot humanoïde en démonstration devant une scène en Chine — photo fournie par Nicolas Staub

Combien de brevets la Chine dépose-t-elle chaque année ?

Selon l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), 3,7 millions de demandes de brevets ont été déposées dans le monde en 2024, soit une hausse de 4,9 % sur un an. L'office chinois a reçu environ 1,8 million de demandes : 49,1 % du total mondial. C'est plus de trois fois le volume reçu par l'office américain. Les chiffres de cet article portent sur une même année de référence, 2024, à partir du rapport World Intellectual Property Indicators 2025, pour éviter de mélanger des périodes différentes.

Le mot important est « demandes ». Une demande de brevet est un dossier déposé, pas un brevet déjà accordé. En 2024, la Chine a également accordé plus d'un million de brevets, selon l'OMPI. Les demandes et les délivrances d'une même année ne concernent toutefois pas nécessairement les mêmes inventions : l'examen prend du temps.
Demandes de brevets reçues par les principaux offices en 2024
Pays / officeDemandes reçues
Chine — CNIPAEnviron 1,8 million
États-Unis — USPTO603 194
Japon — JPO306 855
Corée du Sud — KIPO246 245
Office européen des brevets — OEB199 402
Source : OMPI, World Intellectual Property Indicators 2025, chapitre « Patents highlights », figure 1.2. La valeur chinoise est arrondie. Il s'agit de dépôts reçus par les offices, de résidents comme de non-résidents. L'OEB est un office régional, pas un pays ; ses dépôts ne représentent pas à eux seuls toute l'Europe.

Sur dix ans, la part de l'office chinois dans les demandes mondiales est passée de 34,6 % en 2014 à 49,1 % en 2024. Ce changement d'échelle témoigne d'une activité importante de recherche, de développement et de protection industrielle. Mais il ne signifie pas que la Chine produit à elle seule la moitié de toutes les inventions originales du monde.

Comparer la Chine aux autres pays : ce que les chiffres disent vraiment

Un classement par office répond à la question « où dépose-t-on ? », pas exactement à « qui invente ? ». Une entreprise américaine peut déposer en Chine, et une entreprise chinoise aux États-Unis. Une même invention peut aussi faire l'objet de demandes dans plusieurs territoires. Enfin, un classement en volume absolu ne tient compte ni de la population, ni de la taille de l'économie, ni de la valeur commerciale des inventions.

Pour regarder l'activité au-delà du marché intérieur, on peut compléter cette lecture par les demandes internationales déposées via le Traité de coopération en matière de brevets (PCT). Ce système facilite les démarches pour rechercher une protection dans plusieurs pays ; il ne délivre pas un brevet mondial. En 2024, la Chine était également en tête de ce classement par origine du déposant.

Demandes internationales PCT par origine du déposant en 2024
Pays d'origineDemandes PCT
Chine70 160
États-Unis54 087
Japon48 397
Corée du Sud23 851
Allemagne16 721
Source : OMPI, bilan du système international des brevets publié en mars 2025, annexe 1. Ce classement par origine ne doit pas être additionné au tableau des offices : les deux tableaux mesurent des étapes et des périmètres différents.

Ces données renforcent le constat : l'activité chinoise ne se limite pas aux dépôts domestiques. Elles ne dispensent pas d'examiner chaque technologie. Un brevet peut concerner une amélioration ciblée plutôt qu'une rupture majeure ; certains produits innovants reposent aussi sur des logiciels, du savoir-faire ou des secrets industriels. Le nombre de brevets est un indicateur, pas un verdict sur la qualité d'un pays ou d'un fournisseur.

Unitree : des quadrupèdes aux robots humanoïdes

Unitree illustre cette évolution avec ses robots quadrupèdes et ses plateformes humanoïdes, notamment H1 et G1. On n'est plus seulement dans la fabrication d'un objet : il faut combiner mécanique, moteurs, capteurs, contrôle du mouvement et logiciels. Faire tenir un robot sur deux jambes, le déplacer et lui faire manipuler des objets exige de faire fonctionner ces briques ensemble.

Il faut néanmoins distinguer une démonstration spectaculaire d'un usage industriel fiable. Un robot qui réussit une séquence sur scène ne prouve pas qu'il peut travailler toute une journée, dans n'importe quel environnement, sans intervention. Pour un acheteur, les questions utiles sont la répétabilité, la sécurité, la maintenance et les conditions réelles d'utilisation. Unitree est ici un exemple d'entreprise ; le modèle exact du robot photographié ci-dessus n'est pas identifié dans cet article.

Robot humanoïde portant la marque AGIBOT devant un convoyeur lors d'une démonstration
Un autre acteur de la robotique : démonstration d'un humanoïde AGIBOT près d'un convoyeur. Photo fournie par Nicolas Staub ; elle ne représente pas un robot Unitree.

Rokid : l'innovation se porte aussi sur le visage

Rokid développe des lunettes de réalité augmentée et des lunettes intégrant des fonctions d'intelligence artificielle. Selon le modèle, ces produits peuvent afficher des informations dans le champ de vision et proposer des usages comme la traduction. Ils montrent une autre facette de l'innovation chinoise : rendre une technologie complexe suffisamment compacte pour être portée au quotidien.

La difficulté n'est pas seulement de faire une démonstration de traduction ou d'affichage. Il faut aussi travailler le confort, la lisibilité, l'autonomie, le logiciel et la protection des données. Pour une entreprise européenne, l'intérêt d'un tel produit dépendra de l'usage précis : assistance, formation, accès à l'information ou autre application à tester. Les fonctions disponibles doivent toujours être vérifiées pour le modèle, la langue et le marché concernés. Les photos de cet article illustrent la robotique et la bionique, pas les lunettes Rokid.

BrainCo : la bionique au service de l'humain

BrainCo travaille sur les interfaces cerveau-machine non invasives et les prothèses bioniques. Ces domaines se croisent, mais ne doivent pas être confondus. Un dispositif EEG posé sur le cuir chevelu mesure des signaux électriques liés à l'activité cérébrale ; une prothèse peut, quant à elle, utiliser des signaux musculaires résiduels pour commander un mouvement. Cela ne veut pas dire qu'elle « lit les pensées » de son utilisateur.

Démonstration de membres supérieurs bioniques devant des visiteurs, avec manipulation d'un objet
Démonstration de membres supérieurs bioniques. Photo fournie par Nicolas Staub ; le modèle exact n'est pas identifié.

L'enjeu de ces technologies n'est pas uniquement leur sophistication. C'est leur utilité pour la personne : précision du contrôle, confort, adaptation, accompagnement et fiabilité. Une démonstration donne un aperçu des possibilités, mais ne remplace pas une validation clinique ni une évaluation individuelle. Pour une commercialisation en Europe, la qualification du produit et les obligations applicables aux dispositifs médicaux doivent être vérifiées au cas par cas.

Personne présentant une prothèse de jambe bionique devant un panneau BrainCo
Présentation d'une prothèse de jambe devant un panneau BrainCo. Photo fournie par Nicolas Staub.

L'innovation chinoise ne se limite pas aux robots qui font le spectacle

Les humanoïdes attirent l'attention, mais l'innovation peut aussi viser des tâches beaucoup plus concrètes. Automatiser une manipulation, assister une personne ou intervenir dans un environnement contraignant peut avoir davantage de valeur qu'une performance spectaculaire. La bonne question reste toujours la même : quel problème ce produit résout-il, pour quel utilisateur et dans quelles conditions ?

Présentation d'un équipement de collecte avec des bacs et un écran montrant un robot mobile
Présentation d'un équipement lié à la collecte, avec une démonstration de robot mobile à l'écran. Photo fournie par Nicolas Staub ; ses performances ne sont pas évaluées ici.

Ce que cela change pour votre sourcing en Chine

Regarder la Chine uniquement comme un atelier à bas coût, c'est risquer de passer à côté de fournisseurs capables de développer un produit, de proposer une solution technique et d'itérer rapidement. Pour certains projets, l'enjeu n'est plus seulement « combien coûte la fabrication ? », mais « avec quel partenaire puis-je construire un produit pertinent et durable ? ».

  • Évaluer la capacité de développement : équipe technique, prototypes, essais et documentation, pas seulement un catalogue.
  • Tester le produit dans votre contexte : une démonstration réussie ne suffit pas à prouver une fiabilité quotidienne.
  • Vérifier la propriété intellectuelle : titulaire des droits, licences et liberté d'exploitation sur les marchés visés. Un brevet chinois ne donne pas automatiquement une protection en Europe.
  • Clarifier le logiciel et les données : mises à jour, dépendance à un service distant, langues, cybersécurité et confidentialité.
  • Anticiper la conformité et le suivi : règles applicables, pièces de rechange, réparations, garanties et disponibilité du support.
Un fournisseur qui possède des brevets n'est pas automatiquement un bon fournisseur. Demandez les références, vérifiez leur statut et leur lien avec le produit proposé. Une analyse de propriété intellectuelle doit être menée avec un professionnel compétent ; elle ne se remplace pas par un chiffre dans une présentation commerciale.

La Chine qui fabrique est aussi une Chine qui développe

Près de la moitié des demandes mondiales reçues par les offices en 2024, une première place dans les demandes internationales PCT cette même année, et des entreprises comme Unitree, Rokid et BrainCo : les signaux sont suffisamment forts pour changer de regard. Ils ne prouvent pas que chaque produit est une rupture technologique, mais ils montrent qu'il faut prendre l'innovation chinoise au sérieux. Pour sourcer intelligemment, mieux vaut aller au-delà des clichés et vérifier, produit par produit, ce que cette innovation peut réellement apporter à votre projet.

Sources et périmètre des données

Article rédigé le 10 octobre 2026. Comparaisons statistiques sur l'année 2024, avec des publications OMPI de 2025. Les descriptions des entreprises reposent sur leurs présentations officielles, pas sur une évaluation indépendante de leurs performances. Les cinq photos ont été fournies par Nicolas Staub : aucune image générée par IA n'illustre cet article.

Questions fréquentes

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